Atelier de français
La rentrée - (adaptace textu do češtiny)

Août touche à sa fin. Cela fait toujours un petit pincement au cœur. On sent déjà dans l’air et la couleur de la lumière sur Prague l’approche de l’automne. Une saison qui a aussi ses charmes. J’avais un ami qui disait qu’il aurait volontiers donné la moitié du printemps et de l’été pour prolonger l’automne d’autant ! Les enfants auraient crié au fou, s’ils l’avaient entendu. L’arrivée de l’automne, c’est la fin des grandes vacances, plus que quelques jours et il va falloir retourner à l’école. Les magasins de la ville se couvrent de réclames annonçant aux parents les meilleurs prix pour les cartables, les trousses, les cahiers les plus durables et font miroiter aux yeux des enfants tout ce qui pourra rendre jaloux leurs camarades (et tout ce qui les énervera férocement aux mains de leurs camarades quand eux en seront privés). Comme les enfants entrent dans la classe supérieure, on en profite pour leur dire qu’ils ont grandi, qu’il faudrait penser à ne plus se conduire comme de petits enfants. Les familles marquent le coup : on rafraîchit la peinture, on installe de nouveaux meubles ou en tout cas on apporte quelques changements dans leur disposition, on achète des pantalons plus longs. Après le farniente de l’été, les parents redeviennent sérieux. Le père ne lit plus les bédés des enfants et la mère laisse de côté les magazines remplis d’images d’une vie fabuleuse (ce blog étant consacré à la langue française, j’ai hésité à utiliser le mot hollywoodien). Ils vont acheter le journal. Les hommes politiques, également, sont de retour, « il serait temps de savoir ce que le gouvernement nous mijote ». « Et puis, avec tout ce qu’on a dépensé cet été ! il faut remettre les pieds sur terre. » Plus sérieux, et également plus intellectuels : l’été, bien sûr, il y a les festivals, les romans-fleuves ou les romans historiques qu’on lit bercé par le bruit des vagues… on lit les critiques de tous ces romans qui se préparent à sortir en septembre, à l’heure des prix littéraires. Pour montrer qu’on se remet à la vie citadine, on en fait trop et chacun court dans tous les sens.

Je voulais vous décrire comment les choses se passent en France, durant cette période de l’année qui commence aux tout derniers jours du mois d’août et se termine aux environs de la première semaine d’octobre. J’ai pu un peu fabuler : je ne suis plus enfant et je ne vais plus à l’école. Cependant, cela ne concerne pas seulement les enfants et il me semble que la dernière fois que je me suis promené à Paris en septembre telle était bien l’atmosphère. N’en est-il pas ainsi, ici, à Prague ?
En français, il y a un mot pour résumer tout cela, l’atmosphère, la précipitation et les préoccupations :

La rentrée.

Je n’ai pas trouvé d’équivalent de ce mot en tchèque. Une absence très étonnante pour un Français qui tient certanienement ce fait de société pour un phénomène universel.

Voici quelques traductions trouvées dans le dictionnaire franco-tchèque:
o Návrat
o Vrácení
o Začátek (npř. divadelni sezony, školního roku)
La troisième définition essaie de nous donner une approximation rapide de cette notion française, mais comme vous l’avez compris, il s’agit de bien plus. Voici la définition qu’en donne le dictionnaire TLF :
o Période de reprise des activités économiques et sociales, après les congés d’été.

La rentrée, ce n’est donc pas seulement la rentrée des classes (vous voyez qu’on doit même préciser, faire cette restriction « des classes » si l’on ne veut parler que de ce fait qui désespère ou réjouit les enfants selon leur caractère) mais déjà la fin des vacances. C’est la rentrée parlementaire, les députés retrouvent les bancs de l’assemblée, les ministres quittent l’anonymat des vacances (certains d’entre eux ont toutefois eu droit à leur photo en bermuda dans la presse people et à un article sur leurs aventures extraconjugales). Il y a encore la rentrée littéraire (on en parle déjà mi-août) et ses records. Il y a aussi la saison théâtrale qui commence, des nouveautés au programme télévisé. Il y a aussi les films de la rentrée, d’un niveau généralement supérieur aux navets de l’été (mais la fréquentation des cinémas est en été surtout question de climatisation). Il y a les chiffres de la rentrée : pourcentage d’élèves en plus ou en moins, saturation des crèches, dates des derniers retours de vacances à risque sur les routes, nombre de nouveaux romans à paraître en septembre (663 cette année -442 français, 221 traduits, soit 15 % de plus qu’à la rentrée 2004, qui détenait déjà un record - respectivement 369 et 206)… Les journaux font aussi leur rentrée : statistiques et commentairs sur la rentrée sont intarissables. D’ailleurs, le thème La rentrée est un filon que les journalistes exploitent dès le milieu de l’été s’il n’y a pas assez de catastrophes pour faire monter les ventes. Ce sont les pronostics de la rentrée : est-ce que ça se passera mieux ou moins bien que l’année dernière, le ministère de l’éducation a prévu ceci et cela ou n’a pas fait ça, les revendications des enseignants ont encore été prises à la légère... Puis viennent les conseils de la rentrée : encombrement et prix comparés des magasins, nouveautés dans les programmes scolaires, dernière mode, choix de destinations pour ceux qui ne sont pas obligés de prendre leur vacances d’été en fonction du cycle scolaire. Car même dans ce cas, vous pourrez dire : « Je prendrai mes vacances à la rentrée ».

Bref, la rentrée a sa couleur, son atmosphère faite de précipitation, d’excitation, d’énervement et de nouveauté aguichante, ses coutumes, ses commentateurs. La rentrée est presque une saison en elle-même, une saison spéciale qui ferait la connexion entre l’été et l’automne.

Écrit pour la rentrée 2005-2006.